Les attaques continuent, la lutte aussi.

Sommaire


2023 : L’année de la politique de la table-rase dans l’enseignement supérieur

Témoignages : “Il n’y aura pas d’échappatoire : un soulèvement surviendra bientôt”

• Mo-Ha, participation à la « Journée Internationale des Droits Humains »


2023 : L’année de la politique de la table-rase dans l’enseignement supérieur

On sait qu’au cours de l’année dernière de nombreux étudiants et professeurs ont été licenciés des universités iraniennes mais cette purge d’enseignants expérimentés et d’étudiants critiques semble largement sous-estimée

Avec plus de 1,6 million d’étudiants et une trentaine de sites en Iran (plus quelques-uns à l’étranger), Azad est l’une des six plus grandes universités au monde. Créée au cours des années 1990 sous le gouvernement Rafsanjani, elle est considérée comme un vecteur de l’idéologie du régime (NDLR : Azad signifie Liberté…).

D’après le media « Assr Iran » citant Mohammad Mehdi Tehranchi, président de l’Université Azad, ce ne sont pas moins de 18 000 jeunes doctorants qui ont remplacé les professeurs contractuels dans le réseau des universités islamiques libres (privées et payantes — Lien vers la carte des universités).
Ces jeunes enseignants islamistes sont parfaitement alignés avec les projets portés par les assistants pédagogiques et le personnel académique, eux-mêmes encadrés par les services de renseignements. Leur arrivée massive est considérée comme un pas en avant dans l’expansion de « l’atmosphère révolutionnaire ».
Les voix critiques qualifient de politique de la table-rase ces pratiques qui rappellent la « révolution culturelle » de Khomeyni durant la première décennie de la Révolution Islamique.


Témoignages : “Il n’y aura pas d’échappatoire : un soulèvement surviendra bientôt”

Un message de Ali Younesi et Amirhossein Moradi  à l’occasion de la Journée des Étudiants (7 décembre 2023)

Ali Younesi (à gauche), étudiant en Génie informatique, lauréat de la médaille d’or des Olympiades mondiales d’Astronomie. Amirhossein Moradi (à droite), étudiant en Physique, lauréat de la médaille d’argent des Olympiades nationales d’Astronomie.

Souvenez-vous : fin 2021, Mo-Ha a lancé une campagne de signatures en soutien à ces deux brillants étudiants arrêtés par les agents des renseignements le 22 avril 2020, sans ordonnance du tribunal. Ils avaient à peine vingt ans. Lien vers le blog

Après plus de 800 jours d’isolement, de menaces, de coups, de refus de soins et un simulacre d’aveux télévisés, ils ont été condamnés pour terrorisme à 16 ans de prison. Ils sont incarcérés à la prison d’Evin (Téhéran), surnommée « l’Université » eu égard au nombre important d’intellectuels embastillés.

“Notre véritable combat”

Amirhossein Moradi et Ali Younesi. Prison d’Evin le 7 décembre 2023

Cette année, nous célébrons la Journée des Étudiants alors que la République Islamique, craignant un soulèvement jusqu’à l’obtention de la liberté, poursuit la répression avec des arrestations et des exécutions massives. (…) Face à la crainte d’un soulèvement populaire, le régime perpétue un cycle de terreur et de désespoir pour se maintenir au pouvoir. (…)

Cet effort s’est révélé vain face aux soulèvements de 1998, 2009, 2018 et 2019. Les régimes dictatoriaux, qu’il s’agisse de celui du Shah ou de celui des Mollahs, sont voués à l’effondrement, laissant la place à l’établissement d’une république véritable et démocratique. (…)

Cela souligne le rôle déterminant des étudiants universitaires, en tant que jeunes et en tant qu’intellectuels. Ils sont une force qui déstabilise le régime, l’incitant à intensifier son oppression contre eux et leurs professeurs. (…) Aujourd’hui, les étudiants prouvent qu’ils n’abandonneront pas ce qui fait notre véritable combat.

La nuit cache le soleil dans un vain effort
mais les étoiles chantent l’espoir du matin,
mettant le feu au cœur de la nuit.
Chassez de votre âme le démon du doute !

Rappel Historique

Le 7 décembre, Journée de l’Étudiant en Iran

Depuis 1953, sous le règne du Shah, et l’incursion sanglante des militaires dans une salle de cours de l’Université de Téhéran, le 7 décembre symbolise la lutte des étudiants iraniens.

D’abord instrumentalisée par le régime islamique, cette commémoration leur a échappé lors des grands mouvements de contestation. Les étudiants se sont réappropriés cette date, symbole de leur combat pour un état de droit.

Pour en savoir plus : ici


Mo-Ha, participation à la « Journée Internationale des Droits Humains »

Lyon le 9 décembre 2023

L’Hôtel de Ville de Lyon a accueilli pour la troisième année la Journée Internationale des Droits Humains. Le thème en était cette année l’État de Droit

Après une introduction de la Bâtonnière du Barreau de Lyon, Me Marie-Josèphe Laurent, qui a permis de cerner le thème, l’après-midi a commencé par des interventions de témoins et experts des enjeux de l’État de Droit à travers le monde :

  • Pour la Chine, Stéphane Corcuff, professeur à Sciences-Po Lyon,
  • Pour l’Afghanistan, Fatima Salehi, militante et journaliste,
  • Pour la France, Stéphane Dufresne, écrivain et réalisateur,
  • Pour la République Démocratique du Congo, Désanges Angélique Mayenga, défenseuse des droits des peuples autochtones et de la nature,
  • Pour le Myanmar, Salai Yaw Thaung, opposant politique.

Ces interventions ont dressé le tableau d’un monde aux quatre coins duquel le combat pour l’État de Droit est plus crucial que jamais. Elles ont démontré que, malgré la diversité des contextes-pays et même si l’égalité devant la loi est inscrite dans les textes, elle reste toujours fragile, jamais acquise.

La thématique fut ensuite l’objet d’une table-ronde autour de la question « Quelles solutions, quels contre-pouvoirs, pour sauvegarder l’État de Droit ? », modérée par Florence Laufer, directrice de « Prison Insider ».

Participaient à cette table-ronde :

– L’universitaire turque en exil Pinar Selek,

Kathrin Schön, représentante de la « Stiftung Forum Recht », une fondation allemande pour l’apprentissage de l’Etat de Droit,

Ariane Lavrilleux, journaliste française récemment inquiétée par les autorités françaises pour son enquête sur les relations franco-égyptiennes dans le domaine des ventes d’armes,

Gwendoline Delbos-Corfield, eurodéputée rapporteuse sur la situation de l’État de droit en Hongrie

Fariba Hachtroudi, qui représentait « L’association Mohsen Hachtroudi (Mo-Ha) », a analysé le cas particulier de la République Islamique d’Iran à travers ses spécificités : la révolution de 1978 qui a accouché du régime hybride et inédit des Ayatollahs ; la théocratie chi’ite devenue oligarchie militaro-autocratique et huis-clos kleptocratique (Aller à la fin de l’article lire le discours intégral)

Fariba Hachtroudi a souligné l’originalité des fondements et revendications légalistes du mouvement « Femme-Vie-Liberté » puis rappelé le soutien de longue date de Mo-Ha à la jeunesse iranienne, plus spécifiquement aux étudiants, traditionnels fers de lance de la lutte pour un État de Droit en Iran.

Pour terminer, elle a souligné l’action dans ce domaine de deux ONG iraniennes basées en France :

– We Are Iranians Students (défense des étudiants iraniens) We are iranian students

– Norouz, association de juristes iraniens – contact : Hirbod Dehghani-Azar.

Extraits de l’intervention de Fariba Hachtroudi

Le concept même d’égalité des droits est totalement étranger à la pensée politique et juridique qui domine les institutions étatiques iraniennes où les minorités (ethniques, religieuses, sexuelles) sont des citoyens de seconde zone (…) La Constitution iranienne stipule que « les femmes peuvent jouir de tous les droits (…) dans le respect des principes religieux ». La valeur et la portée du principe énoncé perdent tout leur sens là où la vérité immanente du texte coranique – et son interprétation –  deviennent un fondement ontologique et le droit islamique (Shari’a) la norme suprême. Ainsi, la loi devient le relais totalisant des rapports entre les sexes : la vision du législateur iranien est fondée sur une ségrégation stricte des sexes. La femme, objet et non sujet de droit, ne jouit d’aucun droit individuel. (…)

Pour comprendre l’ampleur de la tragédie que vivent les Iraniennes depuis plus de 45 ans, il suffit de jeter un coup d’œil sur le statut des femmes en Iran où la loi légalise la pédophilie, l’esclavagisme sexuel, la prostitution de mineures sous tutelle (mariage forcé et temporaire) et la lapidation de mineures pour délit d’adultère. (…)

L’État islamiste entend disposer clairement et totalement du corps des femmes. L’allégeance à l’État et, par délégation, au mâle (père, époux, frère ou tuteur) se veut et reste irrévocable. L’interdit qui pèse sur le corps des femmes, obsessionnellement rappelé depuis la prise du pouvoir des ayatollahs, est assorti de menaces de la part du pouvoir judiciaire. Lorsque le procureur de la République déclare que « les femmes qui défient le port du hijab seront considérées comme des apostats (…) », quoi de plus naturel que miliciens et miliciennes des mœurs tabassent en public les Mahsa et les Armita jusqu’à ce que mort s’ensuive ? (…)

Le mouvement Femme-Vie-Liberté est la réponse sans équivoque à cette barbarie institutionnalisée. Et derrière le voile sombre de l’islamisme de l’État iranien, les étincelles d’un gigantesque feu d’artifice se font de plus en plus visibles. Ce que Maxime Rodinson appelait la laïcisation rampante en terre d’islam est devenue une aspiration générale en Iran, où même les plus fervents des croyants rejoignent les rangs de la jeunesse contestataire pour en finir avec la religion d’État. Ces croyants veulent sauver leur foi. (…)

 « L’égalité qui permettrait la liberté de la femme est la nouvelle Bastille à conquérir ! ». Ce vœu de feu professeur Mohsen Hachtroudi date du début des années 1950. Il l’a exprimé à l’occasion de la fête nationale du 14 juillet à l’ambassade de France en Iran, dont il fut l’invité d’honneur. S’il était vivant, il aurait été fier de voir la jeune génération du pays, notamment les jeunes gens qui soutiennent les étudiantes, porter le flambeau de la conquête de leur Bastille ! (…)

Cliquer sur l’image ci-dessous pour accéder au Discours Intégral :

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