Témoignages d’enseignants en Iran : voix étouffées et emprisonnements

Je suis devenu sourde de mes propres cris pour dénoncer ces injustices

La situation des enseignants iraniens s’aggrave d’année en année. À l’occasion de la réunion du Conseil des enseignants de la province de Khorassan, qui s’est tenu en 2019, l’allocution de Madame Zahra Avaz-Zadeh, enseignante et syndicaliste, a marqué les esprits. Celle dont les collègues célébraient la carrière s’est fait porte-parole des enseignants emprisonnés ou exilés :

« Je ne suis pas Zahra Avaz-Zadeh mais Mohammad Habibi. Je suis Esmail Abdi, pour ne citer qu’eux… »

Mohammad Habibi, prisonnier politique et membre du bureau exécutif du syndicat des enseignants iraniens, a été emprisonné (en 2019) pour avoir critiqué la marchandisation croissante de l’éducation. Et ce en dépit de la clause 30 de la Constitution qui garantit la gratuité de l’enseignement pour tous les enfants de la patrie. Habibi a été libéré depuis lors mais ce n’est pas le cas d’Esmail Abdi ci-dessous.

Madame Avaz-Zadeh a nommé d’autres collègues condamnés à de longues peines d’emprisonnement, souvent à l’isolement et après des coups de fouet pour les « récalcitrants ». Mohammad Reza Ramezanzadeh a ainsi été condamné à 12 ans de réclusion criminelle.

Invariablement, le crime commun des enseignants serait selon les autorités : agissements contre la paix publique et de la sécurité de l’État.

« Je suis devenu sourde de mes propres cris pour dénoncer ces injustices mais je suis soulagée. Nous hurlons et les Naderi, les Safdari, les Parinaz, tous ces collègues innocents crient avec nous. Mais d’un lieu, la prison, où nul ne les entend… » a conclu Madame Avaz-Zadeh.

Selon Mme Awadzadeh, le CV des enseignants syndicalistes se résume en quelques mots : mise à l’index, punitions, licenciement et, in fine, condamnation et emprisonnement.

Question de Moha : socle indispensable de l’éducation de la jeunesse et de l’avenir de l’Iran, les enseignants sont-ils des agitateurs menaçant la sécurité nationale ?

Réponse de Madame Avaz-Zadeh : « Les véritables agitateurs sont les corrompus gouvernementaux qui ne paient pas le salaire des enseignants et hurlent mort à l’Amérique alors que leur propre femme et leurs enfants y résident ! Celui qui déstabilise la sécurité nationale est précisément le ministère de l’Éducation qui n’offre à la société que des drogués, des chômeurs ou des individus dépourvus de responsabilité pour lesquels la patrie ne signifie rien. Et encore moins les enseignants ! »

 

 

Voir aussi Human Rights Activists in Iran

 

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