Mahsa Amini : le Mai 68 iranien

Aban 1401, le mai 68 iranien

Les étudiants iraniens ne lâcheront rien et ne dévieront pas de leurs objectifs !

L’insurrection estudiantine en tête du mouvement contestataire de la société civile iranienne entame sa cinquième semaine de grève et de manifestations. Ce mouvement est réfléchi, organisé, pacifique. Il possède des têtes pensantes et des stratèges dotés d’une conscience politique aiguë.

En nous penchant jour après jour sur les communiqués du Collectif des étudiants solidaires qui a des antennes dans toutes les universités du pays, nous constatons que malgré la répression féroce qui les frappe, le collectif évite, avec une formidable intelligence des situations, les débordements et les pièges que lui tendent le régime ou des « groupuscules d’influence douteuse » (sic).

Force est de constater que jour après jour, suite à chaque arrestation, chaque bastonnade, chaque enlèvement, après chaque meurtre d’un camarade citoyen contestataire où qu’il se trouve, cette admirable jeunesse se réfère à la Constitution, aux clauses de lois ou alinéas des statuts intérieurs de diverses universités pour dénoncer l’absence totale et flagrante de l’état de droit en République islamique d’Iran.

Leurs revendications se résument à deux exigences radicales :

  • La fin du règne de Jurisconsulte qui octroie les pleins pouvoirs au Guide suprême puisque « le fait du Jurisconsulte » rend caduques toutes les clauses de la Constitution.
  • La séparation de fait du religieux et de la politique, condition sine qua non de tout processus démocratique.

Dernière minute

Hamid-Reza Rouhi

Dépêche de dernière minute : meurtre par tire à balles réelles de Hamid-Reza Rouhi, étudiant de ponts et chaussées de l’Université de Shahré-Qods dans le quartier de Shahré-Ziba de Téhéran.

Fer de lance de l’insurrection, les étudiants disent clairement aux dirigeants iraniens, à leurs compatriotes « planqués » (sic) et au monde, qu’ils sont de fait les acteurs principaux du processus démocratique qui a débuté avec la révolution constitutionnelle de 1906. Leur stratégie comme leurs tactiques s’inspirent du combat légaliste du docteur Mossadegh qui a mené et gagné la bataille de la nationalisation des sous-sols du pays dans les années 1950 à la Haye et non sur un champ de bataille, avec l’arme du droit international et non avec une mitraillette.

La jeunesse iranienne n’ignore pas que la chute du gouvernement démocratique de Mossadegh (1953) fomentée par un coup d’état anglo-américain est à la racine du résultat désastreux de la révolution de 1978 qui a accouché de la théocratie qu’elle subit de plein fouet.

Les acteurs de la révolution de 1978, leurs parents et grands-parents, pensaient à tort que la chute d’une dictature suffirait pour atteindre leurs objectifs démocratiques. Or, la démocratie étant un processus et non un vœu pieux, elle nécessite structures et institutions (partis politiques, syndicats et autres organisations civiles indépendantes). C’est la vacance de ses structures qui fit des réseaux des mosquées à travers le pays les relais incontournables de la révolution de 1978.

La jeunesse estudiantine de 2022 possède les puissants relais des réseaux sociaux. Elle communique et elle s’informe. Vigilante, consciente des dangers des débordements d’où qu’ils viennent, elle s’inspire de l’histoire de l’Iran comme de la géopolitique régionale pour adapter sa stratégie en connaissance de cause et avec la plus grande prudence.

« Nous ne voulons pas d’ingérence étrangère en Iran, nous ne voulons pas de guerre civile chez nous, nous ne voulons pas de l’afghanisation de l’Iran, nous nous méfions des faiseurs d’alternatives et des fabricants de leaders… Le peuple est le seul leader de notre mouvement », nous a déclarés un des jeunes activistes du mouvement estudiantin au téléphone.

MoHa se fait uniquement l’écho de ce qu’ils nous autorisent à dire et à communiquer. Ils sont notre boussole pour ne pas déraper et tenir avec fidélité et honnêteté notre rôle de relais.


Vidéo de la  semaine

La traduction des propos de l’étudiant Mohamad Hossein Hemmat-Pour, diplômé de l’Université d’Amirkabir, avant son arrestation.

« J’ai enregistré cette vidéo pour dire que notre voix est plus forte que jamais et qu’elle ne s’éteindra pas avec l’emprisonnement, les arrestations et la répression, car nous revendiquerons toujours notre droit fondamental qui n’est rien d’autre que la liberté.

Nous sommes nés dans ce pays, nos racines culturelles sont ancrées dans ce pays et nous ne nous sentons heureux qu’ici.

Nous voulons que notre pays soit libre et que toutes les personnes, tous les citoyens de toutes croyances, religions, ethnies et classes sociales, puissent choisir librement leur mode de vie.

Notre souhait n’est pas si complexe, nous désirons une vie normale, sans problème : juste une vie digne d’un citoyen iranien.

Nous sommes fatigués de la situation économique déplorable, de la précarité de l’emploi, du manque de logements et d’innombrables autres fléaux sociaux ; nous pensons que seule une société libre donnera la possibilité de résoudre tous ces problèmes. La liberté, c’est une première étape.


Aperçu des arrestations et cautions de la semaine

Portraits d’étudiants emprisonnés

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#étudiantsaveclepeuple.

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Mahsa Amini : Solidarité et étudiants en prison
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Mahsa Amini : Mort et acharnement
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